La Presse
Abel Ferrara, auteur du troublant Bad Lieutenant, fut le premier à pousser les hauts cris le jour où il fut annoncé qu’une nouvelle mouture de son film allait être mise en chantier.
Au journal The Guardian, l’auteur cinéaste a déclaré que tous les artisans de ce prétendu «remake» devraient brûler en enfer! Rappelons qu’il y a 17 ans, Harvey Keitel avait marqué les esprits en proposant une composition aussi profonde que courageuse. Dans la peau d’un flic corrompu en pleine crise existentielle - et spirituelle - l’acteur s’était jeté à corps perdu dans une partition écorchée, en modulant habilement chacune des nuances. Rappelons aussi que Bad Lieutenant est probablement le film le plus célèbre d’Abel Ferrara.
The Bad Lieutenant - Port of Call: New Orleans a finalement bien peu à voir avec le film qui l’a inspiré. Aux fins de cette «réinvention», le réalisateur allemand Werner Herzog (Fitzcarraldo, Rescue Dawn) a plutôt emprunté l’approche du drame policier plus classique. Portant à l’écran un scénario de William M. Finkelstein, vétéran de la série policière à la télé (NYPD Blue, Law and Order, L.A. Law The Movie, Murder One), le cinéaste saupoudre le récit de quelques scènes plus provocantes, mais l’ensemble ne convainc guère.
L’intrigue est cette fois campée à la Nouvelle-Orléans au lendemain du passage de l’ouragan Katrina. Terence McDonagh (Nicolas Cage), inspecteur dans la police criminelle, doit enquêter sur le massacre d’une famille d’origine sénégalaise, installée illégalement aux États-Unis. Il est accroc aux médicaments antidouleur (conséquence d’une blessure au dos, infligée en sauvant un détenu), s’enfile de la poudre plein les narines en compagnie de son amoureuse prostituée (Eva Mendes); abuse de son pouvoir pour des faveurs sexuelles; tourne à son profit des trafics de drogue; bref, le type est corrompu jusqu’au tréfonds de sa moelle.
En proie aussi à des délires violents, McDonagh peut aussi, au passage, être parfaitement odieux.
Or, tout cela tourne un peu à vide. Même si Herzog affirme à qui veut l’entendre que ce film n’est pas du tout un remake de celui de Ferrara, l’utilisation du titre, et le crédit donné aux auteurs originaux, forcent le spectateur à tirer des traits de comparaisons. Sur ce plan, ce nouvel opus ressort grand perdant. Ferrara nous entraînait dans les recoins les plus sombres de l’âme humaine et faisait écho à un vrai questionnement. Herzog se contente de proposer un drame policier comme il en existe tant d’autres, interprété, il est vrai, par une distribution de haut vol.
La performance hallucinée de Nicolas Cage, qui frôle parfois le ridicule, ne passera toutefois pas à l’histoire.
Notez que The Bad Lieutenant - Port of Call : New Orleans prend l’affiche en version originale anglaise seulement.
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THE BAD LIEUTENANT – PORT OF CALL: NEW ORLEANS
**1/2
Drame policier réalisé par Werner Herzog. Avec Nicolas Cage, Eva Mendes, Val Kilmer. 2h02.
Criblé de dettes, un enquêteur toxicomane abuse de son autorité pour financer ses vices.
Un drame policier comme tant d’autres. Nicolas Cage au bord de l’apoplexie.